Category Archives: Un pont vers le futur

Kindergarten

Le poirier était déjà immense lorsque enfant je m’y balançais. C’était un jardin de ferme en ces temps. Il y avait là des vaches et des cochons, qui ont cédé la place aux moutons à peu près vers l’époque où mon père a planté le noyer. Les poules et les lapins eux sont restés pendant toute cette période, puis ils ont disparu aussi. Les moutons sont partis aussi, cédant la place à des chevaux et pendant ce temps le noyer grandissait près du poirier. Puis un jour moi aussi je suis parti, ce qui me fait curieusement sourire à présent que, trois décennies plus tard j’écris ces lignes ;-)

J’ai toujours gardé le contact avec la maison de mon enfance… Même à présent que je vis dans le sud profond et lointain j’y passe une grande partie de mes congés. Distance oblige j’y vais moins souvent qu’avant, mais j’y reste bien plus longtemps qu’à l’époque où j’habitais tout près, ce qui est une autre façon de cultiver ce qui me relie à ce lieu. J’y vais pour mes parents, bien sûr, mais je sais aussi que mes racines sont ici, et le demeurent quelles que soient les attaches que je noue dans mon Languedoc d’adoption. Il y a une différence entre les racines et les attaches je trouve, mais je n’ai pas encore suffisamment de recul pour la comprendre… Un jour peut-être ?

Pour en revenir au noyer ça m’a frappé un jour de voir comme il a grandi pendant toutes mes années passées au loin… Le jeune arbre vigoureux à cédé la place à un bel adulte… Et à ce propos je te demande pardon, cher noyer, de t’avoir roussi un jour une branche avec un barbecue malencontreusement placé. Heureusement tu t’en es bien remis, fort comme tu étais déjà. Je me souviens également du jour où on a fêté mes 22 ans sous tes branches, de la grande et longue tablée blanche qui a festoyé jusqu’au bout de la nuit… Curieusement je n’ai plus jamais fêté mes anniversaires ensuite, sans même que je puisse dire à présent comment c’est arrivé.

D’une certaine manière j’ai toujours fêté mes anniversaires pourtant. C’était, c’est toujours, un moment important pour moi, mais je ne ressens pas le besoin de le partager avec d’autres gens… Ce que je fais ce jour là se prête mal au partage. J’ai toujours eu ce côté ours en moi, même s’il ne me déplaît pas non plus, paradoxalement m’a-t-on dit parfois, de passer du temps en agréable compagnie.
Mais c’est peut-être simplement une question d’équilibre ?


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Pleine lune à 6h23 :-)

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.(Duy Huynh)

.Pleine P

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Creative Commons License Kann Danns

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Le chant des falaises


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Modulations, Julien Clauss
15-16 juillet 2017
05400 – Le Saix

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:-)

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La barrière…

Elle lui avait annoncé qu’elle allait chercher à boire… mais avait oublié de le prévenir qu’elle taperait la discute avec ses copines au bar… Il réalisa qu’elle n’avait probablement rien prémédité… Et cette idée le fit sourire tandis qu’il attendait son retour, adossé contre la barrière qui entourait la régie son de cette petite salle qu’il aimait à fréquenter.

Une fille vint y déposer son top avant de retourner danser en mini et soutien gorge noir. Deux garçons se roulaient des pelles à quelques pas de là… Le chanteur retira son dernier vêtement, un minuscule short en vinyle, et alla se percher, nu et à 4 pattes, sur un haut parleur… Le public se pressa autour de lui… La fille en noir attendit sagement que vienne son tour… de le fesser … Un garçon un peu plus audacieux s’agenouilla devant le baffle et plongea son visage entre les fesses du chanteur.

De la bière vola à travers la salle… Ils se mit a trembler… Ses  oreilles bourdonnaient un peu… et ce n’étaient pas que les décibels, ni cette décadence bon enfant qu’il sentait monter autour de lui en cet instant… quoique…

Un couple passa devant lui… Il trouvait la fille trop craquante avec ses jolies tresses blondes et son p’tit anneau en argent passé dans les lèvres, et se promit une fois de plus qu’il irait lui parler un jour… Mais il est vrai qu’il le faisait à chaque fois qu’il la croisait en ce lieu.

Quelqu’un lui fit signe de loin… Il répondit d’un hochement de tête accompagné d’un petit sourire curieusement crispé… Quelqu’un d’autre lui demanda s’il avait des feuilles… Pffff… comme si c’était son genre…

Enfin il la vit revenir avec deux verres de vin dans les mains… Elle s’arrêta, impériale, et but le premier verre d’un trait en plongeant ses yeux dans les siens, et sa main dans son pantalon… Il aurait tant aimé pouvoir lui rendre cette caresse !!

Elle s’approcha et lui permit de se désaltérer à la fontaine de ses lèvres fines avant de récupérer les clés au fond de son sac et de le libérer des menottes qui l’avaient enchaîné à cette barrière en son absence…

Ils partirent vers une seconde scène. Une scène située derrière la scène, qui semblait n’attendre qu’eux dans son halo de pénombre accueillante… Un couple sortit des toilettes pour dames… La fille était couverte de sueur et de tatouages… Elle leur adressa un sourire complice avant de retourner dans la salle…

Ils décidèrent de ne pas tirer les rideaux…

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(Avec une pensée pour… une Dame qui en sourira peut être un peu ;-)

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Des nouvelles de tata Edvige

4 mars 2014

Après plusieurs mois de controverse le fichier Edvige finit par être abandonné fin 2008. Néanmoins devant l’ampleur des risques d’atteinte à la stabilité publique et il fut décidé d’instaurer, sous couvert de secret d’état, un fichier clandestin accessible uniquement à certains agents spécialement habilités, ce qui limitait considérablement l’efficacité du dispositif.  Les troubles qui secouèrent les banlieues du pays en 2011 changèrent la donne, puisqu’ils permirent une confortable réélection du président en place, sur la base d’un programme drastique dit « de prévention des atteintes à la sûreté de la vie tranquille »… Edvige reprit du service sous un nom imprononçable et fut affectueusement surnommée « tata Yolande » par ses utilisateurs…

L’apparition quasi simultanée de la
première génération de smartdusts produits de manière industrielle permit la dissémination discrète de micros espions un peu partout dans l’environnement. Ils furent notamment intégrés, avec le concours des grands cimentiers de l’époque, dans divers produits de constructions datant de cette période… Et c’est ainsi qu’il s’en retrouva quelques uns noyés entre les pavés de la place du charmant petit village de Niederwickerschturtzheim, quelque part entre Rhin et Vosges.

De… matricule 000-Z613b
A… Tata Yolande

Objet : interception d’une conversation suspecte entre Madame Muller et Madame Schmitt devant une fontaine recouverte de géraniums à Niederwickerschturtzheim.


Transcription exacte de l’entretien :

- Ponchour Madame Muller, vous savez que la chienne de Monsieur Hansi a eu des petits ?
- Ah pon ? Téchà ?
- Non, des chiens

Suspectons langage codé masquant de dangereuses activités activistes. Attendons instructions. A vous tata Yolande.

De… tata Yolande
A… matricule 000-Z613b

Soupçons confirmés. Je répète : soupçons confirmés.
1) Procédez immédiatement a l’arrestation et à interrogatoire de M. Hansi. Motif : Détention illégale de chien non répertorié dans les bases vétérinaires + présence d’ancêtres douteux attestée dans les registres d’état civil.

2) Procédez immédiatement au marquage préventif de Mmes Muller et Schmitt en vertu du décret sur la prévention des atteintes à la sûreté de la vie tranquille, alinéa secret relatif au traitement des témoins d’un délit

3) Renseignez vous sur ce chat… C’est peut être une taupe.

A vous matricule 000-Z613b

L’agent 000-Z613b était un fonctionnaire consciencieux, et il appliqua scrupuleusement les consignes qui lui furent transmises.

M. Hansi se retrouva en garde à vue pendant 72 heures et dût payer une amende de 1700€ pour récupérer son chien + 350€ pour couvrir ses frais d’incarcération (mesure décidée en 2012 pour alléger le budget du ministère de la justice qui connut à cette époque une explosion sans précédent de ses frais de fonctionnement… cette mesure fit d’ailleurs les beaux jours des opérateurs d’incarcération privés qui avaient fleuri vers la même époque)

Mmes Hansi et Muller ne surent jamais que les piqûres de guêpes qu’elles ressentirent dans les jours qui suivirent étaient en fait des puces sophistiquées dotées de micros espions et de balises GPS qui venaient de leur être injectées sous la peau par des tireurs d’élite détachés auprès du ministère de l’intérieur.

L’enquête sur le chat n’aboutit jamais et le félin garda tout son mystère, au grand désespoir de 000-Z613b qui était perfectionniste en plus d’être consciencieux… Mais peut être aurait il mieux valu qu’il s’intéresse aux géraniums qui ornaient la fontaine…

Il est vrai que les mécanismes subtils de communication entre les végétaux étaient mal connus à l’époque… Mais certains savaient… et ce savoir là ne datait pas de la dernière pluie…

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Le sanctuaire des tigres blancs

(14 septembre 2069)

Les naturalistes du XXème siècle ont longtemps prétendu que l’existence des tigres blancs relevait d’une simple légende à classer au rayon des yétis, dahus et autres affabulations… Cette attitude était d’autant plus stupide que nous savons bien à présent que les yétis ont toujours existé, mais ont simplement préféré quitter les hauts plateaux du Tibet pour se mêler
en toute discrétion à la population (cf. Démis Roussos). Pour les dahus on en est toujours réduit aux suppositions, mais de nouveaux témoignages en provenance des Vosges permettent d’espérer des avancées décisives sur
ce sujet.

L’existence des tigres blancs a été attestée lors d’une expédition menée il y a un siècle dans le Nord-Est du Bengale. Aucun naturaliste digne de ce nom ne pouvait alors admettre qu’un mammifère terrestre de cette taille ait pu passer inaperçu aussi longtemps… Il fut donc décidé de les
classer parmi les anomalies génétiques, à l’instar de leurs cousins les lions blancs d’Afrique. Nous sommes aujourd’hui de plus en plus nombreux a penser que leur apparition conjointe préfigurait tout bonnement l’émergence de nouvelles espèces de grands mammifères… Mais
au cours de cette époque pas si éloignée que ça une telle situation paraissait tout simplement inconcevable, et
d’ailleurs le premier spécimen d’Orcaella heinsohni découvert quelques décennies plus tard au large de l’Australie, dût lui aussi subir le même ostracisme navrant, puisque la seule réaction d’un grand quotidien de l’époque fut de titrer :
« Découverte d’une nouvelle espèce de dauphin (moche) » (in. Libération
; 4 août 2008).

On recensait moins de 100 spécimens de tigres blancs dans le monde au début du XXIème siècle. Ils étaient essentiellement parqués dans des zoos… Trop fragiles pour la vie en plein air disait on… Les quelques individus ayant échappé aux captures ont été promptement exterminés par des braconniers. En effet leurs pelages extraordinaires ont très vite atteint des sommets sur les marchés
parallèles, et les derniers spécimens sauvages s’en sont probablement allés orner de discrets musées privés.

Quelques années plus tard, aux alentours de 2020, une curieuse rumeur circula dans le Transvaal, faisant état de l’existence d’une colonie de tigres blancs apprivoisés vivant dans des hautes vallées des Drakensberg en compagnie de
mystérieuses amazones. Le regretté Professeur R. Blauchon consacra une thèse à cette question (« Nixens : légende ou réalité ?» – PUF – Paris 2024), mais ce travail passa inaperçu, ainsi d’ailleurs que le professeur Blauchon, jusqu’à ce que les événements ne braquent les feux des projecteurs sur tout ce qui avait trait aux tigres blancs.

Les opinions divergent quant aux aux causes de leur réapparition au coeur de l’Amérique des années 20. L’hypothèse la
plus répandue veut qu’il s’agisse d’animaux échappés des zoos de la côte Est et retournés à l’état sauvage lors des troubles qui suivirent les événements de 2026. Mais les défenseurs des théories de Blauchon ne manquent pas de faire remarquer qu’il paraît peu plausible que ces félins semi-apprivoisés aient pu échapper aux bandes affamées qui battaient les campagnes à cette époque, et tout aussi improbable qu’ils se soient tous rendus au même endroit. Pour les Blauchoniens ce sont tout bonnement les Nixen qui auraient transplanté des tigres du Transvaal dans le Nord Est de l’Arizona au cours de cette période de chaos.

Nixen (Vue d’artiste d’après R. Blauchon)

Une prophétie hopi dévoilée sur le tard n’éclaircit guère le panorama, puisqu’elle prétend quand à elle que la venue des grands chats blancs leur avait été annoncée de longue date par les esprits katchinas, et qu’elle se ferait sous le couvert « d’un voile d’invisibilité tissé par les araignées sacrées ».

Le mystère demeure, mais une chose reste certaine : on observa des tigres blancs en liberté dans le four states corner en 2027, juste avant que les autorités tribales navajos, hopis et zunis réunies ne décrètent conjointement la sanctuarisation et l’autonomie de leurs terres, soit une région couvrant près de 80 000 km². Les troupes fédérales envoyées par le gouvernement pour rétablir la souveraineté disparurent corps et âmes, de même qu’on n’eut plus jamais de nouvelles de tous ceux, civils ou militaires, qui se sont aventurés à l’intérieur du sanctuaire depuis cette époque. Finalement le gouvernement US de l’époque renonça à ce territoire, ayant d’autres chats à fouetter aux quatre coins d’un pays en voie d’éclatement.

On a tout dit de ce sanctuaire, y compris les choses les plus insensées. Le fait est que personne n’a pu rapporter le moindre témoignage crédible sur ce qui s’y passe depuis plus de 40 ans. Les satellites d’observation montrent la présence de champs cultivés mais toute trace d’urbanisme ou de voies de communication semble avoir disparu du sanctuaire. Il est certain en revanche que le désert recule, et cela malgré le démantèlement des barrages présents sur les principaux cours d’eau de la zone, à commencer par ceux du Colorado. Le couvert forestier semble également progresser au rythme de 1,6% par an environ. Certains ont fait remarquer que ce taux semblait tendre vers le nombre d’or, mais nous ne disposons pas de mesures suffisamment précises pour le vérifier avec certitude. En effet les optiques les plus fines semblent inexpliquablement se détraquer à l’applomb du sanctuaire et il s’avère impossible d’avoir des clichés satellites de très haute résolution sur cette zone. Toutes les tentatives de survol à basse altitude se sont quand à elles soldées par des échecs, les liaisons radios avec les appareils étant interrompues dès leur entrée dans la zone sanctuarisée, peu de temps avant que ces derniers ne disparaissent purement et simplement des écrans radars.

Quatre nouveaux sanctuaires sont apparus au cours des quinze dernières années. Le premier se situe aux confins du Bengale et de la Birmanie, là où les tigres blancs ont été observés pour la première fois. Le second recouvre précisément la région du Transvaal où circulaient les rumeurs rapportées par le professeur R. Blauchon. Le troisième est à cheval entre la Sibérie et de la Mandchourie, et recouvre en gros l’aire des peuplades toungouses et des chamanes Goldes. Le dernier enfin se situe en Europe et couvre le Tyrol ainsi qu’une bonne partie des Alpes Suisses.

Il est d’ailleurs curieux de noter que la plupart des tigres blancs présents dans les zoos au début du XXIème siècle provenaient d’un seul et même élevage situé dans cette dernière région, sur un haut plateau bordant les alpages du Vorarlberg.

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5 septembre 2032

Aujourd’hui était mon premier jour à la nouvelle école SENG, Système Educatif Nouvelle Génération. Je m’étais levé un peu anxieux. Bien sûr le journal n’a pas cessé d’en vanter les mérites depuis l’an dernier, mais maman dit que ça ne peut pas être aussi simple, et qu’avec le nouveau comité on ne peut plus être sûr de ce qui est écrit dans le journal. C’est drôle, papa a tout de suite réagi. il a toqué du poing sur la table et elle a baissé les yeux, comme si elle venait de dire une bêtise. Je crois bien qu’elle a rougi aussi. J’aime bien quand elle rougit comme ça. Ca la rend très jolie, et elle est toujours de bonne humeur les jours qui suivent.

Mais là je me suis douté qu’elle venait de dire quelque chose que je n’aurais pas dû entendre. J’en ai parlé à mes copains mais ils se sont moqués de moi. Il y a juste Julie qui m’a dit qu’elle avait entendu un soir ses parents se chamailler à ce sujet. Son papa disait que le SENG était tout pourri. Qu’il n’allait faire que des détraqués et des malades, mais sa maman soutenait mordicus le contraire, et disait que le SENG allait produire les adultes les plus charmants et les plus affables que la terre ait jamais porté. Ca ne l’avait pas trop inquiétée. Elle m’a dit qu’à la maison elle avait depuis longtemps remarqué que c’était toujours sa maman qui avait raison. Comme elle, du moins c’est ce qu’elle m’a dit en riant. J’aime bien Julie. C’est une fille discrète, le genre qu’on ne remarque pas, mais je la suis souvent des yeux quand elle passe près de moi. Elle a toujours l’air de flotter dans les airs, comme si elle était un peu ailleurs, comme si rien n’était vraiment important, et elle a un joli sourire je trouve. Alors c’est peut être pour ça que je ne me suis non plus pas trop inquiété.

Mais j’avais quand même le ventre un peu noué en allant à l’école ce matin. Bah. Les salles n’ont pas tellement changé depuis l’année dernière. C’est drôle, au début, quand le nouveau comité est arrivé l’école a beaucoup changé. Ils ont repeint les vieux murs, ajouté des plantes, des tables avec des écrans encastrés. Heureusement qu’il y a l’école d’ailleurs, pour voir des reportages depuis que le comité a décrété le boycott des chaînes de télé dans les maisons… Au début je pensais que ce serait insupportable, mais finalement ça a été le moment a partir duquel j’ai commencé a parler et à m’amuser vraiment avec mes copains, mes voisins, mes parents. Le moment aussi où on a commencé à passer des soirées à jouer, à faire du théâtre, à se raconter des histoires, à aller au ciné… Il y a trois cinémas qui ont ouvert dans le quartier depuis que la télé a été bannie, et souvent, à la belle saison, on discute devant la salle après le film. Beaucoup de choses ont changé en réalité, et peut être qu’un jour je serais très vieux et je pourrais mieux dire ce que j’ai ressenti à ce moment là… Le plus gros changement a été l’an dernier, lorsque nous avons décidé de repeindre le mur latéral avec un motif que nous avons choisi… un aquarium avec des poulpes géants, parce qu’on venait de voir un reportage qui disait que mine de rien c’est drôlement intelligent un poulpe. Depuis j’aime bien les poulpes. Je me dis aussi que j’aimerais bien un vrai aquarium. Ca doit être sympa un vrai aquarium, mais maman dit que je suis trop jeune pour ça. Je l’ai trouvée un peu chiée… j’ai quand même quinze ans ! Enfin bientôt.

Cette année la salle n’a pas tellement changé je trouve, ils ont juste rajouté de nouveaux tableaux aux murs. Ce qui a changé c’est ce journal, qu’on nous demande de tenir depuis la fin de l’année dernière. Racontez vous a travers un journal. Pfft, tu parles d’une corvée. Même si j’ai l’impression que mon regard sur moi et sur le monde change peu à peu depuis que j’écris plus souvent, mais c’est trop tôt pour en parler… C’est comme pour la télé… Je pourrais certainement mieux en parler quand je serais vieux… Peut être.

La prof est entrée et nous avons tous dû nous lever pour l’accueillir. C’est une nouvelle que je n’avais pas vue les années précédentes. Elle est très jolie avec son chemisier blanc et sa robe fendue assortie à ses chaussures. C’est rare que les profs soient aussi sexys. Je sens que je vais bien aimer l’école moi ! Elle a jeté un regard amusé au mur de poulpes et nous a dit de préparer nos cahiers. Puis elle a sorti un livre de son sac, et s’est assise sur le rebord du bureau, son livre posé près d’elle, pour nous regarder.

- Je m’appelle Maud et serais votre seule prof pour l’année, et peut être même pour plus longtemps si les réformes en cours aboutissent. Mais en cours je veux que vous m’appeliez uniquement Mademoiselle, en mettant un grand  » M  » à Mademoiselle si vous m’écrivez. C’est compris les louveteaux ?
- Oui Mademoiselle !

C’était drôle, toute la classe a répondu en choeur, comme si on avait tous été envoûtés par le son de sa voix. Ca a eu l’air de lui plaire et elle nous a dit que le comité avait décidé d’introduire quelques changements au niveau de l’enseignement. Le plus important étant la réintroduction des châtiments corporels lors des cours. Je l’écoutais sans vraiment attacher d’importance à ses paroles. Je crois que j’étais simplement subjugué par le son de sa voix, une belle voix profonde, légèrement flutée.

Puis elle a annoncé que nous commencerions l’année par une dictée et nous avons dû sortir nos cahiers. J’aime bien les dictées. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai toujours bien aimé ça. Elle a mis un pied sur la table devant elle et s’est mise a dicter d’une voix claire :  » La punition « 

Une bonne dictée valant mieux qu’un long discours j’ai préféré la retranscrire in extenso :  » La punition se doit d’être juste et mesurée. Elle n’aura d’autre vocation que de faire prendre conscience à l’élève de l’ampleur de la faute qu’il a commise et de lui faire mesurer la longueur du chemin qui lui reste à parcourir pour satisfaire pleinement aux exigences de son apprentissage, chemin qui en réalité ne pourra jamais aboutir mais devra être poursuivi tout au long de l’existence en tant qu’idéal vers lequel tendre ». Point à la ligne.  » Elle ne devra en aucun cas être agréable, et ne pourra être infligée qu’après prononciation de l’accord rituel marquant le consentement de l’élève… « ….

Un mouvement dans un coin de la salle attire mon attention, un papillon ! J’adore les papillons. Ca me rappelle la Dame aux papillons. C’est drôle, je pense souvent à elle depuis ce jour où on se promenait au Tyrol avec papa et maman. Quelle trouille quand même ! A peine une petite pause pipi derrière un caillou et  déjà ils avaient disparu. Je les ai cherchés longtemps, mais c’était comme s’ils s’étaient volatilisés. Et je l’ai vue, assise sur un rocher près d’une petite cascade chantante, une très jolie Dame absorbée dans la contemplation d’un nuage de papillons. Heureusement qu’elle était là pour me recueillir pour la nuit !

Elle m’a emmené chez elle, dans sa maison posée sur le flanc de la montagne, tout au fond d’une vallée. Très simple et très jolie, à peine perceptible dans le paysage. C’était très beau à l’intérieur, simple et chaleureux, quelques meubles, des murs en bois et de grandes baies vitrées donnant sur la vallée. Je lui avais demandé où était la télé. Oui c’était à l’époque où les télés étaient encore autorisées. Elle m’avait simplement souri et montré à travers la fenêtre le petit ruisseau qui s’écoulait à travers les herbes qui poussaient entre les cailloux, et j’ai compris que c’était la seule télé qu’elle ait jamais possédé. Je lui ai demandé si elle avait un téléphone pour prévenir l’hôtel où j’étais… J’avais un peu peur que mes parents s’inquiètent. Ca l’a fait sourire. Elle a rédigé un petit message sur du papier, à l’attention d’un certain M. Charles I. C’était étrange. Je crois bien que c’était la première fois que je voyais quelqu’un écrire à la main. Puis elle est allée chercher un pigeon, elle m’a montré comment enrouler le message autour de sa patte et nous sommes sortis sur la terrasse. Le soir tombait. La lune se levait derrière une crête. Elle m’a donné le pigeon et j’ai eu le droit de le lâcher dans le soir qui tombait, au milieu des cris des marmottes…

Mademoiselle a claqué le livre sur le rebord du bureau. Ca a fait comme un bruit de tonnerre.
Vous là ? Qu’est ce que je viens de dire ?
J’ai bafouillé quelque chose, rougi jusqu’aux oreilles. Que voulez vous… J’ai toujours été un grand distrait.

Elle a dit qu’il était temps de passer à la mise en oeuvre pratique de ce qu’elle venait d’énoncer puisque la dictée semblait inopérante sur moi. Je n’ai pas trop compris sur le coup. J’essayais de me rappeler de quoi elle parlait avant que je ne me laisse distraire… Mais s’il faut en plus se mettre à écouter en classe maintenant ! Moi ce que je préfère ce sont les papillons.

Elle m’a dit d’aller me mettre sur l’étoile qui se trouve au milieu de la salle et tous les élèves se sont assis en rond autour de nous. Je me sentais un peu bête au milieu de leurs regards braqués sur moi. La prof s’est approchée et a commencé à défaire mon pantalon. Au début je ne voulais pas, mais elle m’a dit de ne pas faire pas l’enfant, que c’était aussi pour mes petits camarades que je devais me laisser faire, pour leur servir d’exemple, et leur montrer ce qu’il en coûte d’être distrait à l’école. Tu parles, ils étaient surtout en train de se moquer de moi. Je me suis laissé faire, avec le feu aux joues sous les rires de mes copains.

Il y en avait beaucoup qui trouvaient ça très drôle, mais certains riaient nerveusement. Il y en avait aussi quelques uns qui se taisaient, et Julie en faisait partie. Elle s’était assise en tailleur devant moi, et me regardait d’un air profondément absorbé, comme si elle était fascinée et ne voulait pas perdre une miette du spectacle. La Maîtresse a souri en voyant que j’étais tout dur dans ma culotte.

Elle m’a dit  » Toi mon loulou, je sens qu’on va bien s’amuser. Tu m’appelleras donc délicieuse Mademoiselle à partir de maintenant ». Puis elle a regardé la salle, et demandé s’il y en avait d’autres qui avaient le kiki tout dur. Personne n’a bronché. Ca l’a fait sourire, elle a dit que ceux qui avaient le kiki dur avaient 5 secondes pour se dénoncer sinon ils n’auraient jamais le droit de l’appeler délicieuse Mademoiselle aussi. Trois bras se sont immédiatement levés. C’était drôle. Puis elle a dit aux filles que pour elles on verrait ça plus tard. Son regard s’est attardé sur Julie qui lui a rendu un petit sourire timide et elle est revenue vers moi.

Je n’en menais pas large, debout au milieu des autres avec mon pantalon et ma culotte baissés sur les chevilles. Elle m’a défendu de me couvrir avec mes mains, et j’ai dû les laisser pendre le long du corps. C’était affreusement gênant, surtout avec Julie en face qui n’en perdait pas une miette. Mais elle n’a rien dit. Je crois que cette situation l’amusait bien. En tout cas elle n’a pas eu l’air choquée.

Délicieuse Mademoiselle m’a demandé de relever mon T-shirt et de me pencher un peu en avant pour bien présenter mes fesses. Puis elle a pris un martinet et s’est mise en face de moi, bien campée sur ses longues jambes. Elle m’a demandé pourquoi j’étais puni. Et j’ai dû le répéter trois fois pour elle, en parlant à voix haute pour que tout le monde m’entende bien. Elle m’a annoncé que pour ma faute je recevrais 50 coups de martinet. Puis elle a regardé la classe et dit que c’était beaucoup plus qu’une punition normale, mais que j’étais un cas particulier, que pour moi ce serait bien trop agréable si la punition était trop légère. Je me demande ce qu’elle a voulu dire par là. Pas que je serais puni plus que les autres j’espère. Parce que…

Elle m’a obligé à lever la tête avec le manche de son martinet, et j’ai dû lui promettre, en la regardant droit dans les yeux, que je ne serais plus jamais distrait à l’école. Elle m’a annoncé que ce qu’elle allait me faire n’était rien en comparaison de ce que je subirais si jamais elle me reprenait un jour à être distrait en classe.

Pendant quelques secondes elle a eu l’air très dure. Ce n’était plus du tout la délicieuse Mademoiselle avenante et souriante qui nous faisait cours quelques instants plus tôt, et sur le coup j’en ai été tout retourné. Ses yeux se sont vrillés en moi. C’est comme si quelque chose s’enfonçait à l’intérieur des miens, et m’obligeait à la regarder droit dans ses beaux yeux sombres. Je me suis senti vraiment tout petit, une minuscule petite chose posée devant elle. Je voulais baisser la tête, mais c’était impossible. Puis elle s’st radoucie et m’a redemandé pourquoi j’étais puni, et je le lui ai redit.

Puis elle m’a demandé si j’acceptais de recevoir la punition qu’elle avait décidé pour moi.

Je ne sais pas si je saurais un jour pourquoi j’ai dit oui… Même quand je serais très vieux… Mais je crois que je serais beaucoup plus attentif à l’école dorénavant ;-).

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