Category Archives: Le fin mot de l’histoire

Ultimogéniture

J’ai entendu parler pour la première fois des Hopis en
lisant la trilogie martienne de Kim Stanley Robinson… C’est ironique de
découvrir un peuple racine à travers un (excellent) roman de science fiction, mais c’est comme ça.

Le livre décrivait, entre autres choses, la naissance d’une culture
harmonieuse, inspirée de traditions bien
de chez nous, dont celle des indiens Hopis d’Amérique. C’est une
tribu qui demeure encore dans le nord de l’Arizona, une zone assez désertique
donc et compte environ 6500 personnes, dont 80% parlent le Hopi.

C’est une culture matriarcale, ce qui
est une des raisons pour lesquelles le sujet m’avait intéressé… Quelque part je
suppose que c’est lié à mon p’tit côté sm ;-)… Mais aussi à des questionnements récurrents
sur les mutations sociétales en cours et les nouvelles formes d’organisation en émergence  (un autre de mes dadas ;-)…

Chez les Hopis l’héritage se
transmet à la fille cadette du foyer selon la règle de l’ultimogéniture…
et ainsi ce sont les femmes qui
possèdent la terre, seule source de richesse dans ces contrées arides… Il paraît aussi que l’ultimogéniture permet d’éviter pas mal de querelles de succession, mais je n’ai pas creusé ce point.

Lors des récoltes ce sont les femmes qui s’occupent de la
répartition du grain. Ce sont elles aussi qui s’occupent des
semences ainsi que de la culture et de l’entretien des jardins. Et les hommes me direz vous ?
Ben ils se tapent le reste du boulot : préparer la terre, entretenir les champs, récolter…
C’est bête, moi qui adore jardiner je serais certainement très malheureux si j’étais
né hopi ;-).

Les mariages sont décidés entre les mères… bon d’accord ça
c’est moyen bof, mais je vous ferais remarquer que je n’ai jamais dit que je
trouvais tout ça génial ;-)… Mais je trouve très touchant que ce soient le marié et les hommes de sa famille qui se chargent de tisser la robe de la mariée, et qu’après le mariage c’est le garçon va
vivre dans sa belle famille.

Leur vie tourne autour du cycle de la culture du maïs et des
transhumances animales.

Ils ont une mythologie compliquée. En gros ils pensent que
nous vivons dans le quatrième monde, mais comme je n’y comprends pas grand chose je préfère m’en tenir là. En
revanche c’est très intéressant de voir que cette culture traditionnelle est enseignée par voie orale, à travers des récits à la fois divertissants
et éducatifs qui contiennent des préceptes éthiques que le schtroumpf hopi pourra s’approprier en grandissant… (quoi ? Ils regardent pas le 20h00 ?
Oh !?).

Ils considèrent que chaque vérité n’est jamais qu’une porte pour accéder à une vérité plus élevée… Ce qui est une belle façon d’éviter les tentations intégristes,
puisqu’au fond ils ne considèrent jamais qu’ils sont arrivés à LA vérité qui pourrait prétendre supplanter toutes les autres… Un bon moyen aussi pour
rester dans une attitude de progrès, d’apprentissage et de maturation tout au
long de l’existence…
Une très belle façon de voir les choses je trouve :-).

Je suis tombé sur un truc bizarre. Il se murmure que
les hopis avaient une série de prophéties annonçant en gros les événement du
XXème siècle… et que nous serions à l’orée de ce qu’ils appelaient « la
grande purification », dont les signes annonciateurs seraient, selon les
exégètes, la conquête de la lune et la présence de satellites permanent dans l’espace.

Fichtre ! Généralement quand je suis confronté à ce genre de trucs j’ai
la seule réaction saine possible, qui est d’en rire, mais au fond de moi il y a
toujours une petite voix qui se demande… et si ? et si ?

Comme je crois quand même un tout petit peu à la raison j’ai mis mes lunettes de
sceptique pour creuser le sujet… J’ai plongé dans le net donc, à la
recherche de ces fameuses prophéties… et qu’est ce que j’en ai retiré ?
1) qu’il y a des tas de sites tendance new age / ufo / « on
nous cache tout on nous dit rien »… qui parlent de ces prophéties
2) que je n’ai pas trouvé de textes d’ethnologues mentionnant
leur existence dans les traditions hopis (toujours chercher l’info à
sa source, et plus encore sur internet ;-), ce qui m’amène à penser que
ces prédictions sont des faux.
3) que ces prophéties n’ont été « dévoilées » qu’en 1968…
ce qui est bien commode puisque la plupart des événements prédits était déjà
arrivés… Bref leur authenticité est au pire douteuse, et au mieux invérifiable…

De toute façon ça n’a pas tellement d’importance… Qu’elles soient vraies ou fausses ça ne change pas grand chose au fait que le monde ne va pas
très bien en ce moment… Pourquoi j’en parle alors ?

Tout simplement car j’ai trouvé un texte sympa au cours de mes vagabondages digitaux… Il disait que la
nature de la purification évoquée dans la prophétie sera déterminée par les choix individuels de tout un chacun…
Soit on continue sur la même lancée qu’aujourd’hui…
consommation effrénée etc. donc et bonjour aspirine quand on aura cramé les
dernières ressources de la planète, soit chacun choisit de se transformer de
l’intérieur, pour aller vers plus de conscience individuelle…
Et si
suffisamment de personnes font cet effort de transformation intérieure, alors la « grande
purification » évoquée pourrait bien être celle « de l’amour, de la conscience, du génie et de la
compassion »…

Et ça, prophétie ou pas, c’est le genre de choses qui me parlent, et
qui plaisent à Heidi Silicium…

Sur les hopis :
sur wikipedia
(la version anglaise est plus détaillée)
Bureau officiel de préservation de la culture Hopi 

(Merci à la personne qui a inspiré ce post ;-)…

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Creative Commons License Heidi Silicium

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Phyllis et Aristote : ze enquête

Il y a quelques années, j’ai lu la nef des fous, un chef d’oeuvre de la littérature médiévale aux accents étonnamment contemporain, rédigé en 1494 par Sébastien Brant dans la plus pure tradition satirique rhénane. Et là je tombe sur un lai disant que le sage Aristote avait pour coutume de se faire harnacher et monter par sa maîtresse Phyllis.

Bon d’accord, Sébastien Brant a écrit pour caricaturer les folies et les vices qu’il voyait autour de lui, une relecture médiévale et commentée des 7 péchés capitaux en quelque sorte… Toutefois je vous laisse imaginer l’état de ravissement dans lequel ça m’a plongé… Quoi Aristote lui même ? Le sage d’entre les sages ne dédaignait pas d’aller se faire monter de temps à autre par une Dame… Si les plus grands philosophes de l’antiquité eux mêmes cautionnaient mes petites fantaisies… C’était un peu comme d’aller voir un film érotique avec la bénédiction du festival de Cannes…

Et puis un jour… j’ai voulu vérifier. Internet est parfait pour vérifier une anecdote, on peut accéder en quelques secondes à n’importe quelle information (bon faut faire gaffe quand même à ce qui est écrit, tant il est vrai que c’est aussi le média idéal pour réécrire le passé en propageant de fausses informations, et pas toujours de bonne foi d’ailleurs), mais globalement, quand vous avez plusieurs sources académiques qui disent toutes la même chose vous pouvez considérer qu’il s’agit d’une information un tant soi peu avérée et fiable…

Il m’a suffi de taper  » Aristote et Phyllis  » sur google (si si, essayez, vous verrez comme c’est simple…) et je suis tombé sur cette notice d’une oeuvre exposée au musée Dobrée, de Nantes :

 » Au Moyen Âge, alors que les théories d’Aristote sortent tout juste d’un long oubli, circule un roman relatant un curieux épisode de la vie d’Aristote : Aristote reprochait à son élève Alexandre de délaisser ses études pour l’amour d’une courtisane, Phyllis. Celle-ci se vengea en séduisant le philosophe et en se promettant à lui s’il se laissait chevaucher par elle. Il céda, et Phyllis prévint alors Alexandre en chantant un lai d’amour [petit poème narratif]. Ce dernier ne manqua pas de se moquer de son maître… « 

L’Alexandre en question était le fils d’un roitelet de Macédoine, et promis à un avenir assez glorieux… Mais c’était quand même assez curieux… Et puis on n’était plus du tout dans une histoire de plaisir partagé, mais dans quelque chose qui ressemblait fort à une vengeance.

Plus tard je tombe sur un livre scanné dans Google books , avec un petit encadré disant que ce sujet est emprunté au  » lai d’Aristote, lui même inspiré d’un conte oriental et dû au trouvère Henri d’Andely, actif à Paris vers 1220-1240 (…) « 

Allons donc, v’là t’y pas un conte oriental maintenant… Fichtre ! Et Aristote dans tout ça ?

Bon il est vrai que si vous prenez un jour le temps de lire les mille et une nuits, vous verrez que c’est loin d’être une bluette, et c’est même souvent carrément trash… Mais je digresse là… Revenons plutôt à notre philosophe et à sa Dame hippophile…

Je poursuis, et je tombe sur une page consacrée à Hans Baldung Grien… extrait…  » (…) Le thème du philosophe, réduit en esclavage par la femme, est au Moyen Age prétexte à fabliaux, représenté dans des miniatures et des ivoires. ( …) « 

Et encore plus tard, dans un autre document je trouve :

 » (…) Les nombreuses illustrations de cet épisode se nourrissent probablement d’autres textes sur le pouvoir des femmes et sur les dangers de l’amour. Ainsi, dans son fabliau érotique Le vilain de Bailluel, Jean Bodel déclare :
Mes li fabliaus dist en la fin
C’on doit por fol tenir celui
Qui mieus croit sa fame que lui ! (…)

Et plus tard encore… sur un autre site

 » Héritage de la misogynie traditionnelle des milieux cléricaux du Moyen Age (dont la querelle du Roman de la Rose, vers 1400, fut une manifestation), le thème du pouvoir des femmes se teinte probablement, à la fin du XVe siècle, d’une satire des codes courtois. Il s’oppose assez nettement à celui des neuf Preuses : certes les preuses sont puissantes, mais elles s’inscrivent dans un idéal chevaleresque que la fin du XVe siècle commence à railler… « 

Hmmm, ça commence à sentir franchement le roussi tout ça… ce que je prenais pour une anecdote croustillante ne serait il qu’une légende urbaine pour persifler l’influence néfaste des sentiments en général et des femmes en particulier ? Il est vrai que la renaissance marque le début d’une époque où la raison va prendre progressivement le dessus sur toute autre considération… 

Et alors Aristote dans tout ça ?
Est ce qu’il se faisait vraiment harnacher par Phyllis ?

En l’absence de traces de textes contemporains d’Aristote narrant cette histoire, je serais plutôt porté à croire qu’il s’agit d’un conte destiné à l’édification des masses, rédigé pour fustiger la quête de volupté en l’opposant à la vertu et à la sagesse.

Finalement cette histoire est très manichéenne : elle veut montrer qu’il y a incompatibilité entre la volupté et la sagesse. Elle invite l’homme a renoncer aux plaisirs de la sensualité pour se consacrer au seul culte de la raison… et s’il ne le fait pas on ne manquera pas de faire de lui la risée de ses pairs. C’est le début d’une époque très moralisatrice et très mysogyne, qui comme par hasard sera bientôt inaugurée par 150 ans de guerres de religions qui vont saigner l’Europe comme jamais elle ne l’a été… avant de déboucher sur d’autres horreurs.

C’est assez ironique je trouve que cette histoire ait pris Aristote pour cible… Sa logique, qui est d’ailleurs toujours un des fondements de notre mode de pensée occidental, nous invite a raisonner en termes d’exclusions : Si la raison est plus grande que la volupté c’est qu’il faut renoncer à la seconde, pour ne se consacrer qu’à la première.

C’est, me semble t il, ce qu’en ont retenu les penseurs de la renaissance.

C’est là aussi qu’ils se sont peut être trompés : pour ma part je vois pas pourquoi je devrais choisir entre la raison ou la volupté, renoncer à l’un pour l’autre… Pour ma part j’ai envie de les concilier, de les reconnaître comme deux pôles influents de ma nature d’homo sapiens. Pour ma part j’ai envie de m’appuyer à la fois sur la raison et sur la sensualité pour guider mes pas. J’ai envie de faire en sorte que chacune nourrisse l’autre, et que ça me permette de réconcilier ce qui relève en moi de la cérébralité de mon esprit et ce qui relève de la sensualité de mon corps

Pour en revenir à Aristote, j’ai longtemps eu une image très sérieuse des grands anciens, je me les représentais en hommes très sages, très graves, très austères, utilisant toujours des mots très compliqués… Un peu ch… pour tout dire ;-).

Puis j’ai découvert que les questions qu’ils se posaient étaient de bonnes questions, et que les réponses qu’ils avaient données expliquaient pour une bonne partie le monde actuel… Et surtout je me dis qu’ils ne devaient pas être aussi austères que ça, que ce n’est qu’une façade, une autre fable érigée par des générations de contempteurs… Je ne vois pas pourquoi la philosophie empêcherait d’être léger. Je ne serais pas étonné de découvrir un jour qu’ils aimaient aussi se laisser aller de temps en temps à de franches rigolades en se murgeant le groin à l’hydromel sur l’agora avant d’aller se lâcher un peu sur les autels de dyonisos.

Finalement j’aime bien me dire qu’Aristote prenait plaisir à se faire chevaucher de temps à autre par une Dame langoureuse qui n’avait pas froid aux yeux… :-).

Même si au fond la réalité c’est que je n’en sais rien.
Allez, une p’tite dernière pour finir, que je trouve très jolie… Lisez la notice qui figure au bas de l’image… Elle est amusante je trouve… :-).

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Creative Commons License Heidi Silicium

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