Premiers émois

Elle se remet doucement de sa récente jouissance
S’étire comme une chatte dans les rayons du soleil
Qui ruissellent par l’embrasure de la fenêtre ouverte
Prend son air de Joconde lubrique. Une petite fessée ?

Je m’étonne. Elle s’y est toujours refusée. Maintenant ?
Elle hoche la tête, son sourire est déjà plus explicite
Et cette lueur dans l’oeil… Que je connais bien… A force
Que voulez vous ? j’ai toujours été d’un naturel conciliant

Elle me demande un disque… Death in Vegas
Je choisis… Massive attack vs Mad Professor
Que voulez vous ? Il m’arrive aussi d’être contrariant
Et j’aime bien la taquiner, la petite ingénue… Parfois

Elle boude un peu
Je la charrie
Fausse soumise va
Ca la fait rire

Je m’installe et lui fais signe d’approcher en tapotant mes cuisses
Elle comprend le message, vient s’allonger en travers de mes jambes
Et enfouit sa tête entre ses bras, croise ses chevilles
Je me cale contre le mur. Ses fesses sont juste à la bonne hauteur

Je lui caresse les jambes. Que ressent elle en ce moment ?
Quelques papouilles dans son dos pour réveiller le désir
Au creux de ses reins. Je tente de me glisser entre ses cuisses
Elle reste obstinément close. Son plaisir est encore trop récent.

C’est bête, car moi je ne m’en lasse jamais. Dure dure est ma vie de libertin
Il n’y a pas que ma vie qui soit dure d’ailleurs… Mais c’est une autre histoire
J’explore le fond de sa vallée profonde. Ca la crispe. Elle est parfois si pudique
J’échauffe ma main, la pulpe de mes doigts sur ses lobes tendres et charnus.

Au début je me cale sur la musique, puis c’est l’instinct, qui m’inspire
Piano, allegro. A plat, en biais, avec la paume, du bout des doigts…
Et des caresses en interlude. Beaucoup de caresses, des tas de caresses
Avant de recommencer. Une main, deux mains. Je m’enhardis. J’alterne, je combine

Son premier gémissement. Je m’offre une pause pour lui donner le temps de s’habituer
J’apaise sa chair. Pas d’incursions déplacées. Ce serait dommage qu’elle se braque.
Elle est prête, je crois, pour la suite. Mes doigts trépignent déjà sur sa peau
Sévices ou caresses ? Bien malin qui saurait le dire… Parfois… Ma main se lève.

Elle émet un soupir sonore… ses cordes vocales soudain animées d’une vie propre
Des ondes concentriques fleurissent sur sa peau au rythme de mes impulsions.
J’ai l’impression de jouer du djembé. Je la pousse, un peu, vers ses retranchements…
Puis calme le jeu, je tapote, je taquine, j’agace. J’espère qu’elle apprécie ce répit

Elle se tait, parfaitement immobile… Marrant, ce n’est pas son genre d’être stoïque.
Sa peau de princesse commence a présenter d’intenses variations chromatiques
Des petites boursouflures naissent sous mes doigts. J’élargis mon rayon d’action
Piano sur le haut des cuisses… si fragiles… Allegro ma non troppo sur les hanches.

Elle gémit, jappe, ahane au rythme que je lui impose. Je l’empêche de toucher terre
Je veux la maintenir à feu moyen, la faire glisser sur un flot de sensations pures
A mi chemin des berges du plaisir et de la douleur, vers les rapides de la jouissance
Je me plais a imaginer les secrètes luisances d’une fleur momentanément inaccessible

Mais peut être que je m’avance un peu. C’est sa première fois.
Je ne veux rien lui demander, ça risquerait de rompre le charme.
Alors je lui annonce la fin prochaine de la séance. Encore cinq tapes.
Et lui demande de choisir… piano ou allegro… Mais elle ne veut pas choisir

Puisque c’est comme ça j’opte pour le feu d’artifice, le final Wagnérien
1, 2, 3, 4… Prête pour la der des der ? Elle hoche la tête, se contracte
J’hésite entre une pichenette et quelque chose de vraiment mordant
Je suis parfois retors… et puis il faut en garder pour la prochaine fois…

Elle ne dit rien. Pas un mot. Je lui demande si elle veut bien que je me lève.
J’ai repéré un tube de crème dans sa salle de bains. A la fleur d’oranger.
J’en mets trop. Un peu anxieux d’avoir quelque chose à me faire pardonner
Je la masse de la tête aux pieds. Elle a les fesses brûlantes, ou ce sont mes mains

Je m’assieds devant les barreaux du lit, juste en face de son visage
Je nous allume deux cigarettes. Elle n’est pas certaine d’avoir aimé.
Elle fume en silence. Veut se lever. Vacille. Me dit qu’elle a le tournis
Qu’elle se sent vannée, vidée de toute son énergie, rit de son état. .

Elle revient s’allonger sous mes yeux. Je me dis qu’elle va s’assoupir
Elle m’observe derrière ses paupières mi closes, et commence a parler.
Elle est détendue, souriante, volubile. Je ne l’ai jamais vue aussi joyeuse.
Elle éclate de rire en m’avouant qu’elle aurait été très frustrée…

… Si j’avais conclu sa première fessée par une simple pichenette…

Il faut que je parte. Je lui dis qu’on m’attend, loin de chez elle.
Elle m’ouvre sa porte, me présente sa fleur gorgée de rosée
Et me demande si je ne peux vraiment pas rester encore un peu.
Que voulez vous ? J’ai toujours été d’un naturel conciliant…

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Creative Commons License Heidi Silicium

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3 Responses to Premiers émois

  1. doigt de miel says:

    Allegro

    Magnifique texte, je reconnais enfin votre prose !
    Lachez vous, c’est si bon !
    Jolie fessée…Vécue ?
    Posté par Véro, 03 août 2008 à 18:09

    Oh, Madame Véro, vous ne pouvez pas savoir comme ça me fait plaisir que vous ayez aimé ce texte . Merci…

    Quand à savoir si c’est une histoire vécue… il est bien évident que je ne parlerais qu’en présence de ma Maîtresse ;o)
    Posté par doigt de miel, 03 août 2008 à 18:09

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